L’Homme Machine – Best N°286 Mai 1992

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Je ne pense pas que l’histoire de Depeche Mode puisse continuer longtemps.

 

C’est par cette phrase lapidaire qu’était légendée la photo qui illustrait le papier consacré par Best à Alan Wilder pour la sortie de ‘Bloodline’ en 1992. A l’époque, fan de Depeche Mode depuis 1988, je n’avais aucune idée des tensions internes qui régnaient à l’intérieur du groupe. Cette interview en 1992 posait les jalons de ce qui allait amener Alan à quitter Depeche Mode trois ans plus tard.

Voici ici l’intégralité de cet article.

 
 

L’HOMME MACHINE

RECOIL : « solitaire»

 

Depeche Mode vient de s’offrir un an de break. Depuis février, le groupe est à nouveau réuni pour travailler sur leur prochain album. Fêtards invétérés, ils ont choisi une villa madrilène, équipée par leurs soins d’un studio, pour joindre l’utile à l’agréable. Ceci n’est pas forcément du goût d’Alan Wilder, clavier et alchimiste du son de Depeche Mode, qui ne se sent réellement à l’aise que dans les ambiances confinées des studios. Il a profité de cette année sabbatique pour relancer son projet solo et a concocté le deuxième album de Recoil : ‘Bloodline’. Durant quatre mois, au milieu des machines, il a joué les apprentis sorciers, créant et détournant des sonorités pour enfin les marier dans une musique atmosphérique et dansante.

« Je désirais faire un album qui me permette de soulager mes frustrations dans le cadre de Depeche Mode. J’aime bidouiller avec les séquencers et les synthés. Mon album est un mix de beaucoup d’influences, de Kraftwerk à Philippe Glass. Je suis très imprégné par ces auteurs minimalistes d’avant garde qui basent leur musique sur l’hypnotisme et la répétition. Ces éléments me parlent, je veux être hypnotisé, entrer en transe, me perdre, oublier le temps. Je peux rester des heures à travailler sur une séquence. Au départ mes morceaux étaient horriblement longs. J’aime être happé par la musique, qu’elle me conduise quelque part, qu’elle suscite des images. Je trouve que les cordes sont particulièrement appropriés pour créer ces sensations. Je sample dans tout les sens, même du classique, et je traite le son, je le renverse, je le triture. A la fin ça devient quelque chose de nouveau grâce à la technologie. J’utilise l’acoustique ou les machines selon mes besoins. Je commence toujours par la ligne de basse, si elle est bonne il n’y a plus besoin de grand chose. La basse détient une énergie très sexuelle qui définit tout le reste. Je pourrais avoir cette démarche dans Depeche Mode, mais avec plein de restrictions. Recoil n’est pas si éloigné de Depeche Mode puisque le son et les arrangements y dépendent en grande partie de moi, mais l’approche est totalement différente. Nous partons toujours d’un texte et d’une mélodie. Nous traitons cette base pour lui donner une atmosphère, un feeling. Avant de commencer nous savons à peu prés combien de temps durera le morceau, nous n’avons pas réellement de champ libre pour le délire. »

Dans Depeche Mode, les fondations dépendent de Martin Gore. Il est l’image et la tête. Pour Alan, il est parfois aussi la camisole d’un style trop marqué, trop abouti, bref incontournable. « Martin écrit des chansons qui viennent du cœur. Son honnêteté dans la manière d’exprimer des sentiments très personnels transparait et les gens s’identifient dans ses textes. C’est peut être la clef du succès. Evidemment il y a également la manière dont le groupe traduit cet esprit. Au départ la musique était très naïve puis elle a gagné en maturité. Maintenant Depeche Mode ne peut plus changer foncièrement. Chaque membre a évolué dans son propre sens. Au sein du groupe je ne vois aucun changement sensible. Martin s’inspire toujours des mêmes sujets et le traitement en studio reste assez uniforme. J’espère que nous pourrons faire des choses très différentes, mais je n’y crois pas. Ca n’a rien à voir avec le public, c’est juste une question relationnelle. Nous vivons ensemble et nous devons trouver des compromis. Un bouleversement radical créerait forcément des problèmes et nous ne le désirons pas. Je ne pense pas que l’histoire de Depeche Mode puisse continuer longtemps. C’est bien d’être membre d’un groupe qui marche et fait de l’argent mais ce qui m’intéresse, c’est de créer une musique qui me plaît, spontanée. Les médias et les tournées m’amusent de moins en moins. Tout le système du business rock me semble relativement ridicule. Et à un moment, tu te rends compte que ton groupe a dépassé ses limites et ne peut plus que se répéter. Je ne veux pas continuer uniquement pour le fric. Un jour, j’arrêterais pour me lancer sur un nouveau pari. Mais pas maintenant. »

Myriam LEON in Best 286 – Mai 1992

 

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Quand pouvons-nous espérer un nouvel album de Recoil ?

C’est effectivement la question que nous pouvons légitimement nous poser cette année, après une année 2013 plutôt avare en actualités. Étrangement, plutôt que de passer par des canaux officiels, Alan a choisi « l’obscur » (+8000 likes quand même) groupe Facebook ‘Alan Wilder Back To Depeche Mode group on Facebook‘ pour nous donner des nouvelles et communiquer sur le statut du projet Recoil cette année.

Pour les personnes suivant l’actualité d’Alan et grappillant des infos par-ci, par-là, on pouvait craindre que ces nouvelles soient plutôt pessimistes. Elles le sont…

Alan a répondu à des questions du groupe Facebook, sur le mode des mémorables Q+A de Shunt. Si la plupart des questions ont déjà été posées et reposées par le passé, la première d’entre-elle a le mérite de transcrire sans détour l’état d’esprit actuel d’Alan sur le projet Recoil en particulier et le monde de la musique en général en 2014.

Voici ci-dessous la traduction de la réponse d’Alan à la question :

 

Quand pouvons-nous espérer un nouvel album de Recoil ?

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J’ai bien peur que la réponse soit plutôt négative. Ce n’est pas ce que je souhaite mais je suis quelqu’un de réaliste.

Comme tout le monde le sait, les ventes de musique et de CD ont chutés de manière dramatique ces dernières années. Recoil n’est pas un projet financièrement viable et ne l’est pas depuis un moment maintenant. Depuis plusieurs années, je n’ai obtenu aucun revenu de la vente de ma propre musique. Chaque rentrée d’argent a servi à rembourser Mute Record qui a dépensé trop d’argent sur les premiers albums (ce n’pas de leur faute mais simplement un signe des temps de l’époque). Par exemple, il était normal à l’époque de dépenser disons £40.000 (environ €50.000) pour une vidéo (c’est le cas de ‘Drifting’ par exemple) – une vidéo qui a été très peu diffusée si je puis me permettre. Ceci dit, tout ça n’est pas du dépit ou de la rancœur de ma part, simplement une réalité.

Ces derniers temps et jusqu’à aujourd’hui, j’ai pour ainsi dire financé le projet par moi-même, enregistrant dans mon propre studio et ainsi de suite. Mute n’a jamais donné, et ne donnera jamais, une avance dans le climat actuel et je ne peux simplement plus me permettre de passer la majeure partie d’une année assis dans un studio à faire un disque que très peu de personnes au final achèteront. Malheureusement, la plupart des gens s’attendent actuellement à obtenir de la musique gratuitement, par l’échange de fichiers, le téléchargement illégal et ainsi de suite. Une tournée peut faire rentrer un peu d’argent mais ce n’est pas quelque chose vers laquelle je me dirige naturellement et si je devais former un groupe, j’en viendrais probablement à perdre de l’argent compte-tenu du nombre de billets que je pourrais raisonnablement m’attendre à vendre.

La réalité est que j’ai rendu service à gauche et à droite (à des personnes qui voulaient aider avec peu, voire pas du tout d’argent) pour simplement maintenir les choses en vie. Je sais très bien qu’il y a plusieurs méthodes pour plumer un canard – l’autoproduction, la collecte de fonds – et donc, je ne m’exclus pas complément de la partie. Cependant, j’ai de nombreuses autres priorités à gérer. Sincèrement, la musique n’est actuellement pas ma principale préoccupation, face à la nécessité de devoir gérer ‘la vie’. Une fois installé dans une nouvelle maison et après avoir reconstruit un petit studio (celui-ci est actuellement démonté et rangé dans des cartons), alors peut-être ressentirais-je le besoin de reprendre les choses là où je les ai laissées.

Alan Wilder – Février 2014

Source : Alan Wilder Back To Depeche Mode group on Facebook

 

« Soft launch » comme ils disent..

Alan

Allez, cela fait plus trois ans que cette idée de blog français consacré à Alan Wilder et à son projet solo Recoil végète. L’envie est toujours présente, le temps nettement moins…

Pas question ici de traduire en bloc les news postées sur le site officiel. J’ai mené cette activité tant bien que mal pendant une paire d’années pour ce qui a été la version française officielle du blog Recoil, maintenant défunte. Pas de temps pour cela pour le moment (des volontaires ?).

Alors, allons-y doucement. Ce blog parlera de l’actualité d’Alan, de Recoil et des artistes qui gravitent autour de lui : Paul Kendall, Olivia Louvel, Toni Hallyday, Dean Garcia et l’ensemble des collaborateurs qui ont participés aux différents albums de Recoil depuis plus de 25 ans !

Sorte de « work in progress » permanent, ce blog devrait trouver son rythme et sa structure définitive dans le semestre à venir.

Ce blog a le mérite, je pense, de poser sur la toile une présence en français pour Alan qui, à ma connaissance, n’existe pas aujourd’hui.

Seul l’avenir dira « l’importance » que pourra prendre ce blog…

A suivre…